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J’aime particulièrement les dystopies. Leur succès fait qu’elles finissent pourtant souvent par se ressembler, que ce soit en littérature, au cinéma ou à la télévision. Mais ce livre m’a cueillie. Alors je l’ai laissé décanter et l’ai relu quelques années plus tard, redécouvrant toute l’étendue de sa force subtile. Oui, il m’avait plu, beaucoup, et de nouveau, il m’a emportée. En nous faisant côtoyer des personnages dont la vie ne tient qu’à un fil, l’intrigue nous pousse à réfléchir au sens que l’on donne à notre propre existence. Elle nous renvoie à notre humanité, à ce que nous en faisons, à ce que nous voulons en préserver et en transmettre aux générations à venir. Dans un Paris postapocalyptique, les parcours des personnages s’entrecroisent d’un chapitre à l’autre. Chacun tente de s’adapter à ce milieu hostile, avec un pécule de départ plus ou moins maigre. Des castes ont émergé du chaos, muselées par une police qui arase tout ce qui tente d’émerger et se délecte de la barbarie. Un faux pas, un cheveu de travers, et c’est l’enfer. Alors la mèche rebelle ou les revendications, c’est le billet direct pour l’enfer. Faut faire avec. Avec rien, le plus souvent. Brute, sage, voleur, stratège, naïf, passeur altruiste ou arriviste prêt à y perdre son âme : chacun tente la stratégie qui lui permettra peut-être de survivre aux irradiations. Ou pas. Les leçons de vie, chacun les paie au prix fort. Il n’y a pas d’autre alternative. Le lecteur étouffe, souffre, compatit, espère, s’effondre, s’accroche au rythme des épreuves qu’affrontent les personnages. C’est tantôt un frère ou une sœur qu’il perd dans ce combat, tantôt une raclure d’humanité dont il est enfin débarrassé. Car on plonge tout entier dans ce monde et on n’en ressort pas indemne. Tant mieux. Que serait la littérature si elle ne bousculait pas son lecteur ?